Evaluation des bibliothèques

Réponse de l'Enssib

Date de la réponse

Vous souhaitez comprendre pourquoi il faut évaluer les bibliothèques : que ce soit les collections, les transactions ou le comptage des entrées. 

 

 

L'ouvrage le plus récent qui fait autorité en la matière est le suivant :

Compter pour raconter : du bon usage des données en bibliothèque. Sous la direction de Cécile Touitou ; [avec les contributions de Rachid Aliouat, Hélène Bert, Éric Briys, et autres]. Presses de l'Enssib, 2025 dont voici un extrait : 

L’objet de cet ouvrage est de revenir sur les données chiffrées disponibles en bibliothèque qui nous parlent de son activité, de sa performance, voire de son impact.

 

Ces données sont multiples et de tous ordres. La multiplication des outils de gestion de la bibliothèque, depuis le compteur d’entrées jusqu’aux journaux de logs, en passant par les systèmes de gestion de bibliothèque, a généré une multiplication de données produites automatiquement, ce que la norme ISO 16439 et le livre blanc de la commission Afnor Qualité - Statistiques et évaluation des résultats appellent les « données induites ». Que peut faire le ou la bibliothécaire de tous ces chiffres ? Lesquels doit-il ou doit-elle choisir ? Que lui donnent-ils à voir de l’activité, de la performance ou de l’impact de sa bibliothèque ? Avant de se lancer dans la frénésie de la collecte du chiffre, ne faut-il pas savoir d’abord ce que l’on veut faire, ou faire dire à ce chiffre ? Ce n’est pas forcément parce qu’un chiffre est produit qu’il faut forcément le collecter, le compiler et le partager, car si certaines des données produites par les outils de gestion de la bibliothèque sont totalement factuelles, d’autres sont des constructions qui recouvrent des réalités floues dont il est nécessaire de prendre en compte les modalités de leur construction pour les utiliser à bon escient.

 

Par exemple, les bibliothécaires compilent rigoureusement le nombre des prêts réalisés dans l’année : plus le chiffre est important, plus le professionnel est satisfait (en principe) ; pourtant, à l’autre bout de la chaîne, l’usager constate que dans cette bibliothèque où les rayonnages sont vides, il peine à trouver le titre qu’on lui a recommandé, car tous les exemplaires sont en prêt ! Qu’est-il alors intéressant de compter, les prêts ou les demandes non satisfaites, dans la mesure où ce sont des vases communicants ?

 

Insatisfaits de l’imperfection de mesures d’activité, trop bibliocentrées, les bibliothécaires pourront alors tenter d’évaluer les impacts potentiels de l’utilisation des services, des espaces et des collections de la bibliothèque, non seulement en termes de résultats attendus par les professionnels mais aussi en termes de conséquences imprévues, voire négatives qui se donnent à voir à une observation plus… « mesurée ».

Nous vous recommandons, en ce qui concerne le comptage des entrées, particulièrement la Partie 2. Les données sur la visite : la mesure de fréquentation pages 83-106 et notamment la partie intitulée "Le chercheur et le compteur. Chronique de la Bibliothèque publique d'information", pages 84-90 (accès abonné).

 

Nous vous conseillons aussi, en ce qui concerne l'évaluation des collections, la Partie 3. Les données de la collection, pages 109-157, notamment la partie intitulée "Données d'usage et développement des collections à la Bibliothèque municipale de Lyon", pages 151-157, (accès abonné).

 

 

Pour mieux comprendre la question de l'évaluation en bibliothèque à partir de ressources en accès libre, nous vous renvoyons vers les deux ressources suivantes :

 

L’évaluation en bibliothèque municipale et universitaire est un sujet complexe, en proie aujourd’hui à de nombreuses évolutions, tant au niveau de ce qui est évalué que de la façon dont on parle de ce qui est mesuré. Réglementaire, contraignante car coûteuse en temps et ne rendant pas suffisamment compte de la diversité et complexité des tâches effectuées, c’est un sujet qui mobilise peu, malgré la dimension stratégique qui lui est liée. En analysant les différents systèmes et projets autour de l’évaluation, en France et à l’étranger, ce travail vise à envisager l’évaluation non plus uniquement comme un outil de contrôle, mais bel et bien également comme un véritable appui et un nouveau levier potentiel de coopération, afin d’aider les bibliothèques à construire un plaidoyer efficace démontrant leur impact sur un territoire donné

La mesure en bibliothèque : un usage inscrit dans leur histoire

 

En 2011, Pierre Carbone a décrit les évolutions de la mesure des bibliothèques et de leur évaluation dans sa contribution à l’ouvrage Évaluer la bibliothèque intitulée « Évaluation et statistiques dans l’administration des bibliothèques françaises ».

 

De l’obligation faite aux bibliothèques dès le xixe siècle de produire un rapport annuel, en passant par la création de l’enquête statistique par la Direction des bibliothèques et de la lecture publique au lendemain de la seconde guerre mondiale, jusqu’à la collecte et la publication actuelles des données des bibliothèques publiques par l’Observatoire de la lecture publique placé sous l’autorité du Service du livre et de la lecture (SLL) et, depuis 2014, à la version révisée de l’Enquête statistique générale auprès des services documentaires de l'enseignement supérieur (ESGBU), les données statistiques des bibliothèques s’inscrivent dans une histoire longue qui traduit le souci de l’État français de connaître et impulser l’activité des bibliothèques et de suivre l’utilisation des deniers publics qui leur sont affectés.

Des enjeux et des pratiques profondément renouvelés

La mesure de l’activité des bibliothèques a été affectée par deux puissants mouvements de fond ces dernières années :

  • dès le milieu de la décennie 1990, les bibliothèques, rompant avec leur orientation traditionnelle axée sur la constitution de collections imprimées et leur conservation, ont entamé un lent processus de recentrage de leur activité sur les services au public. Portés par les missions dévolues aux bibliothèques (lieux de construction et de diffusion des savoirs et de la culture, outils pour l’égalité des chances et le partage de la connaissance), les bibliothécaires se sont préoccupés d’organiser la rencontre des ressources documentaires détenues ou mises en accès par la bibliothèque avec ses usagers et de répondre à leurs attentes ;

 

  • au tournant du IIIe millénaire, les collections numériques sont apparues et se développent depuis à un rythme exponentiel dans les sciences exactes bien sûr mais pas uniquement. Avec Internet, la révolution du support et de l'accès à l'information engendre une révolution des usages de la documentation sous toutes ses formes, les conditions de l’accès au savoir et à la culture sont bouleversées. Le développement du livre numérique est un enjeu majeur des prochaines années pour le grand public comme pour la formation tandis que pour les chercheurs l’urgence réside dans la fouille de données et de textes à partir de ressources en libre accès ou payantes.

 

C’est ainsi que de données brutes exploitées essentiellement à l’échelle nationale, on est passé à des indicateurs sophistiqués utiles en local, à l’échelon national et/ou international.

 

En lien avec ces transformations, les bibliothécaires ont renouvelé et développé les services offerts aux publics de tous types, ils ont déployé nombre de compétences nouvelles pour accompagner ces transformations et pratiquent une veille active.