
Soucieux de la mission d’éducation aux médias et à l’information portée par les bibliothèques, vous vous interrogez sur les questions liées au périmètre des acquisitions, à l’évaluation des collections, à la tension entre pluralisme et lutte contre la désinformation et conséquemment au développement des compétences professionnelles relatives à ces sujets.
Nous vous proposons les ressources suivantes, susceptibles de nourrir la réflexion et de favoriser l’auto-formation :
Proscrire ou prescrire ? Le cas des médecines alternatives en lecture publique. Entre pluralisme, neutralité et lutte contre la mésinformation. Morgane Russeil-Salvan. Mémoire du diplôme de conservateur des bibliothèques, Enssib, 2025.
Le mémoire sur la question, avec enquêtes pour identifier les pratiques sur le terrain et préconisations. Extrait du résumé, page 4 :
Cette étude explore les contradictions auxquelles sont confrontés les bibliothécaires face à l’essor des pratiques alternatives de santé. La lutte contre la mésinformation et la désinformation fait partie de leurs nouvelles missions mais le pluralisme et la neutralité demeurent le socle du métier. Ce travail examine la manière dont la lecture publique peut fournir l'accès à une diversité de perspectives tout en assurant la qualité et la fiabilité de l'information.
Les enjeux du pluralisme dans les bibliothèques. Dominique Lahary. Journée d’étude « Comment faire vivre le pluralisme en bibliothèque ? » Strasbourg 6 novembre 2025
C’est une ressource très intéressante, car elle met bien en évidence la tension entre le principe de pluralisme qui est inscrit dans la loi (à différents niveaux, notamment la loi Robert qui concerne les bibliothèques, dans ses articles 1 et 5) et les enjeux liés à l’éducation, au développement de l’esprit critique et à la lutte contre la désinformation. La fin de l’exposé présente la piste de la charte documentaire, comme outil pour présenter les orientations et limites choisies, tenant compte de la taille de la bibliothèque, de son implantation locale et des réseaux attenants, de ses missions et de son projet (projet d’établissement, PSCES).
Les bibliothèques peuvent-elles être pluralistes ? Journée d’étude du 8 avril 2025 - Bibliothèque Marguerite Yourcenar (Paris).
Comprend plusieurs interventions avec replay, dont Les bibliothèques peuvent-elles être pluralistes ? #2 Déontologie des métiers des bibliothèques (votre préoccupation est notamment rapportée par Noëlle Balley, inspectrice de l’IGESR, lire à partir de 39min30) et Les bibliothèques peuvent-elles être pluralistes ? #3 Quels biais, quels angles morts et quels impensés pour la politique documentaire ?
Éthique et déontologie des métiers des bibliothèques : état des lieux, expression des besoins, propositions. Rapport de l’IGESR, Noëlle Balley (pilote), 2025.
Nous attirons votre attention sur le point « 3.3 La question de la déontologie du bibliothécaire dans la constitution des collections et la mise en œuvre d’une politique d’animation culturelle », page 35 (pagination interne) et suivantes. Extrait, page 36 :
Or, la première des règles à rappeler, est que ce qui est publié est licite : sans régler sur le fond la question du pluralisme en bibliothèque, tout au plus pourrait-on avancer que le devoir fondamental du bibliothécaire, en l’espèce, consiste passer outre ses propres passions – au sens classique du terme – s’il veut acquérir ou éliminer des documents, afin de respecter, dès lors que le budget le permet, « les principes de pluralisme des courants d’idées et d’opinions, d’égalité d’accès au service public et de mutabilité et de neutralité du service public » énoncés par la « loi Robert ».
Le lecteur doit pouvoir compter tout autant sur l’objectivité du bibliothécaire, garant de la représentativité des courants de pensée ou des modes d’expression, que sur le soin mis par celui-ci à sélectionner des œuvres de qualité et des ressources documentaires fiables, qui s’appuient sur des faits vérifiables et sur les apports de la science 144.
Note de bas de page 144 : La rédaction de la loi Robert (art. 5) qui parle de « connaissances », mais aussi de « courants d’idée ou d’opinions », est à cet égard délicate à interpréter. Il existe notamment des « courants d’opinions » qui s’opposent aux données de la science.
Collections et transition écologique : exemple de l’atelier « Quel pluralisme pour parler de la crise environnementale ». Bibliothèque vertes, blog de la commission éponyme de l’Association des Bibliothécaires de France (ABF)
LOI n° 2021-1717 du 21 décembre 2021 relative aux bibliothèques et au développement de la lecture publique, dite loi Robert, déjà citée plus haut et notamment son article 5.
Voir en accompagnement le Mode d'emploi de la loi Robert sur les bibliothèques territoriales de l'Abf. Extrait page 5 :
Le pluralisme prend la forme d’un devoir de « représentation » qui dépasse les demandes explicites du public. Il ne concerne pas seulement les idées notamment politiques ou religieuses mais aussi « la production éditoriale ». Le pluralisme est aussi culturel : ouverture aux genres et tendances présentes dans les productions éditoriales. On peut considérer que cela concerne tous les supports y compris les périodiques.
Ce devoir de représentation est tempéré par deux critères : la spécialisation éventuelle d’une bibliothèque et son « niveau », c’est-à-dire sa taille. Cela tempère la notion traditionnelle d’encyclopédisme des collections.
La censure mais aussi son envers l’imposition de titre, non explicitement mentionné, peut venir de la hiérarchie administrative ou politique, d’usagers, de groupes de pression et de bibliothécaires.
Pour compléter, nous vous signalons ces formations :
COMPÉTENCES VISÉES
- Utiliser des critères adaptés d’évaluation des documents pour la gestion des collections,
- Proposer des ressources de qualité au public,
- Accompagner le public dans la découverte de ressources fiables et de qualité.
Pour aller plus loin :