
Vous souhaitez savoir comment adapter une politique documentaire et d’acquisition en bibliothèque dans un contexte où certains livres sont écrits ou illustrés en partie ou en totalité par l’intelligence artificielle.
La question que vous soulevez à la suite des récentes révélations autour du livre c'était ça ou mourir de Thélyson Orélien ne semble pas encore avoir fait l’objet d’articles dans la littérature professionnelle et scientifique en France. Elle ne paraît pas non plus avoir trouvé de traduction concrète dans les chartes documentaires des bibliothèques françaises, ni sur le terrain sous forme de présentations ou de mesures de médiation spécifiques pour informer les usagers.
Pour alimenter votre réflexion, nous vous proposons cependant les ressources suivantes.
En France
Cet article donne un aperçu de la place prise par les livres en partie générés par l’IA sur la plateforme Amazon.
Dans ce contexte, des acteurs du secteur éditorial ont pris des initiatives en matière de transparence. Certaines visent à garantir l’absence d’IA :
Les éditions de l'Observatoire ont fait savoir vendredi 25 septembre qu'elles lançaient un nouveau label, "100 % humain", pour leurs ouvrages de littérature. Ceci, dans le but de garantir aux lecteurs qu'ils n'ont pas été écrits avec l'intelligence artificielle, a-t-on appris auprès de la maison d'édition.
D’autres privilégient la transparence de l’usage de l’IA :
"Là où d'autres traquent l'IA à coups de détecteurs qui se contredisent, le prix Pascal demande aux auteurs de la déclarer : ni prosélytisme ni procès, la transparence comme terrain de débat et d'intelligence collective", assurent les organisateurs du prix.
Ces questions concernent l’ensemble de la chaîne du livre, y compris les bibliothèques comme en témoigne une journée d’étude récente :
Pour l'agence régionale, il s'agit notamment de répondre aux angoisses de l'interprofession. « Pour les maisons d’édition, la question de savoir si les textes sont réellement produits par les auteurs et autrices a été éclairée de façon nouvelle par le scandale autour du livre de Thélyson Orélien. Les librairies, elles, nous racontent que les clients arrivent en réclamant des livres qui n’existent pas, qui leur sont proposés par l’IA. En bibliothèque, on se demande si les bibliothécaires vont disparaître, remplacés par des IA », a résumé Sophie Noël, directrice de Normandie Livre & Lecture.
Du côté des lecteurs, un article de The Conversation s’intéresse à l’effet que produit l’origine supposée d’un texte sur sa réception :
Pourquoi penser qu’un texte a été écrit par une IA change notre manière de le lire. Gilles Lafargue, coécrit avec Peggy Lafargue, theconversation.com, 24/10/2026
La polémique autour de Thélyson Orélien a fourni au grand public l’équivalent d’une expérience grandeur nature. Et elle en dit peut-être moins sur les capacités littéraires de la machine que sur les mécanismes psychologiques du lecteur, qui découvre avec l’IA qu’il ne cherche pas seulement dans le texte du sens ou des émotions, mais aussi la présence d’un autre esprit derrière eux. Comment comprendre l’importance que le lecteur semble accorder à cette présence derrière les mots ?
A l'étranger
Aux États-Unis, la réflexion des bibliothèques autour de l’IA dans les pratiques d’acquisition a déjà donné lieu à des recommandations et à des retours d’expérience.
Ainsi, dans son guide sur l’utilisation de l’intelligence artificielle, l’American Library Association recommande dans la partie collections :
Collections
- Choosing not to acquire primarily AI-generated materials is a legitimate exercise of professional collection judgment and fiscal stewardship when those materials do not meet local standards for quality, accuracy, originality, transparency, or community relevance. [...]
Source : Guidance on the Use of Artificial Intelligence in Libraries. ala.org, 26/10/2026
Certaines bibliothèques ont déjà intégré cette question à leur politique documentaire.
Ainsi, la bibliothèque de Walpole Town Library informe ses usagers sur son site qu’elle n’achète pas d’ouvrages générés par l’IA et n’en accepte pas en don. Si, malgré cet engagement, des documents produits par l’IA se retrouvent par inadvertance dans son fonds, une mention spécifique est ajoutée au catalogue :
Artificial Intelligence with regards to Collection Development:
The Walpole Town Library is committed to maintaining a collection curated by the library staff that reflects human creativity, knowledge, and expertise. As such, the library does not deliberately purchase, acquire, or accept donations of books that are knowingly generated, authored, or written by artificial intelligence. This policy ensures that our collection upholds quality, authenticity, and intellectual integrity for our community. AI-assisted content is permitted in the library collection subject to the same requirements and criteria as wholly human authored works. AI-assisted content is work that is written by a human but for which the author employed AI tools to edit, refine, or error-check the work. Due to the lack of publishing standards regarding the disclosure of artificially created materials, AI generated content may inadvertently be added to the collection. These materials will be tagged in the catalog record. However, there are also digital resources that the library offers that are not staff curated and therefore may contain AI generated material.
Source : walpoletownlibrary.org/collection-development-policy-2/. Consultée le 26/10/2026
Dans son article Addressing AI-Generated Materials in the Library Collection (Source : https://the-digital-librarian.com, 05/08/2025), Nick Tanzi, consultant en technologies de l’information pour les bibliothèques, présente d’autres exemples. Parmi eux figure le réseau de bibliothèques North Olympic, dans l’État de Washington. Vous pourrez lire ci-dessous que la démarche de ce réseau consiste également à éviter l’achat de contenus générés par l’IA. Ceux ayant intégré le fonds par erreur sont signalés dans le catalogue mais ne sont pas retirés au regard de ce seul motif. Les contenus rédigés avec l'assistance de l’IA peuvent être acquis mais ils sont alors soumis aux mêmes critères de sélection que les œuvres écrites sans recours à l’IA.
2.1.5.C.e.: Resources generated by Artificial Intelligence (AI). NOLS respects the intellectual property of human authors and creators. NOLS will make reasonable efforts not to purchase AI-generated content, or AI-generated audio editions of human-created works. AI-generated content inadvertently added to the collection will be labeled as such in the catalog record but will not be weeded unless it meets one or more criteria for weeding (poor circulation, damaged, superseded, etc.). AI-assisted content is permitted in the NOLS collection, subject to the same requirements and criteria as wholly human-authored works. AI-assisted content is work that is written by a human but for which the author used AI tools to edit, refine, or error-check the work.
Sur la base de ces premiers éléments, vous pouvez initier un échange sur le forum Agorabib de l'ABF ou sur la page Facebook Professionnels des bibliothèques.
Enfin, le sujet étant susceptible d’évoluer rapidement et de donner lieu à des exemples français, vous pouvez également consulter régulièrement le guide thématique de l’Enssib : IA et les métiers de l'information, de la documentation et des bibliothèques.
Pour aller plus loin sur les bouleversements suscités par l'IA dans la littérature :
Compte rendu de l'ouvrage : Ce que l’IA fait à la littérature par Nikol Dziub, sur : Non-fiction, 11 janvier 2025